Le constat est implacable. Encore aujourd’hui, en octobre 2018, d’après les mesures effectuées dans les océans depuis plusieurs décennies, la pollution par les plastiques continue à être en augmentation. Quelle en est la cause principale ? La production ? la consommation ? le recyclage ? Pourquoi ?

Du 19 au 23 novembre, à Lanzarote (Canaries - Espagne) a lieu la conférence internationale MICRO2018. Elle rassemble plus de 2000 auteurs pour 400 communications scientifiques autour de la question de la pollution massive des océans par les plastiques.
https://micro2018.sciencesconf.org

PNG - 386.2 ko

JPEG - 1.3 Mo

Pour cette édition 2018, un comité artistique est mis en place. Il est composé par Bettina Hutschek – artiste visuelle, Julie Forgues, artiste visuelle et professeure de photographie de l’Université de Moncton (Nouveau Brunswick) et Lionel Jaffrès - metteur en scène du théâtre du Grain. Leur responsabilité est d’accorder les dimensions scientifiques et artistiques pour faire émerger un point de vue collectif et politique.

LETTRE AUX PARTICPANT.E.S

Chèr.e.s participant.e.s à MICRO2018,

Comme nous le savons tou.te.s, la production de plastiques et la pollution massive qu’elle génère augmentent. Et il est certain que si rien ne change, elle continuera à augmenter dans les années à venir. La conférence internationale MICRO2018 à Lanzarote nous démontre à quel point la communauté scientifique est profondément préoccupée par les conséquences de ce problème sur l’environnement et la biodiversité. Ici, sur les plages de Lanzarote, nous observons, avec amertume, l’échouage d’objets de consommation venant des quatre continents de l’océan Atlantique.

En reconnaissance et en soutien à la DÉCLARATION DE LANZAROTE MICRO2016, nous reconnaissons une responsabilité individuelle qui implique la nécessité de changer nos comportements en lien avec la production et la consommation de plastiques. Nous reconnaissons également le besoin d’informer autour de nous sur les implications sociales, économiques et environnementales formulées lors des résultats partagés de MICRO 2016 et MICRO 2018. Cependant, le recyclage, la réutilisation et la réduction des produits ne sont que de petits pas vers la résolution du problème. Les pratiques alternatives à la consommation demeurent marginales et souvent découragées par des intérêts économiques et politiques. Qu’en est-il des producteurs ? Il nous paraît clair que si les plastiques étaient produits en quantités et dans des conditions raisonnables, nous n’aurions pas à nous inquiéter de leurs conséquences dévastatrices. Quelles sont les actions des lobbies du plastique et qui représentent-ils ? Nous sommes dans l’observation des conséquences. Mais prenons-nous des mesures ? Par où commencer à agir et comment ?

Ces questions portent en elles le désir et l’espoir de participer à un mouvement fédérateur, émancipateur, actif, puissant, capable de briser les déterminismes économiques et politiques et de secouer les inerties institutionnelles.

Pourquoi écrivons-nous cette lettre ?

Nous, artistes, nous voulons passer de l’inaction à l’action, de l’immobilité à la révolte, de l’observation à l’urgence. Mais nous ne voulons pas créer une œuvre d’art ou de communication qui ne ferait qu’illustrer des données scientifiques ou éduquer ceux qui ne sont pas conscients du problème. Nous voulons rompre avec notre sentiment d’impuissance.

Scientifiques et artistes, nous avons une responsabilité. Nous devons agir. Nous ne sommes pas certains de pouvoir changer les choses, mais nous devons essayer. Nous devons nous opposer à une surproduction continue de plastiques inutiles et exiger que les producteurs prennent leur responsabilité. Nous devons également mettre en place des oppositions interrogeant les discours dogmatiques. Nous devons positionner les résultats des recherches de toutes les disciplines pour contrer les faux discours d’une minorité puissante.

Nous suggérons que nous commencions par faire quelque chose des deux bouteilles en verre qui vous ont été distribuées le premier jour de cette conférence. Nous vous proposons d’envoyer la bouteille contenant des plastiques de Lanzarote à un ou plusieurs décideurs politiques de votre ville, région ou pays de votre choix. Et nous vous joignons la lettre d’accompagnement qui formule ce qui pourrait être réalisé : un appel à rassembler plusieurs composantes de la société concernées par le problème de la pollution par les plastiques. Quant à l’autre bouteille, vide, nous vous demandons de la remplir de microplastiques collectés dans votre région et de la rapporter avec vous à l’occasion de MICRO2020.

Nous espérons que ces deux gestes puissent être le début d’un processus vers d’autres gestes plus grands, par ou pour nous tou.te.s.

With love, avec amour, con amor,
Le comité artistique MICRO2018.
Julie Forgues, Bettina Hutschek et Lionel Jaffrès

— -

LETTRE ACCOMPAGNANT LA BOUTEILLE :

Nous, membres scientifiques de la conférence internationale MICRO2018 à Lanzarote, répétons l’observation de l’augmentation de la production de plastiques et de la pollution massive des océans qu’elle génère. Les conséquences pour la biodiversité et la santé humaine sont importantes et extrêmement préoccupantes.

La bouteille que nous joignons à cette lettre contient du microplastique recueilli sur les plages de Lanzarote, en Espagne, où le plastique du monde entier s’accumule. Cette bouteille est une représentation clé qui démontre les préoccupations de production des pays côtiers de l’océan Atlantique. En effet, les courants océaniques déplacent ces déchets en quantités massives. Nos actions mondiales nous montrent qu’une grande majorité des produits plastiques manufacturés finissent dans les océans malgré certains efforts de recyclage.

Par cette lettre, nous vous demandons de provoquer un dialogue équitable entre les producteurs (de l’exploitation du pétrole à sa transformation), les décideurs politiques, la communauté scientifique et les citoyens afin de mettre en place des actions concrètes pour une réduction significative de cette pollution.

MICRO2018

JPEG - 696.5 ko