Ce spectacle en devenir parle de nos troubles actuels, de nos doutes face à l’évolution du monde. Trois auteur.e.s, Eva Bondon, Alexis Fichet et Odile Vansteenwinckel, parlent de grains de sable, de révolte, de désir car il faut que le monde change maintenant.

« MESURER LA TAILLE DU MONDE » met en scène des explorateurs cheminant à travers un voyage, physique et introspectif. Dans un environnement dérégulé, un système produisant des inégalités socio-économiques criantes, un temps accéléré, comment agir et/pour ne pas se sentir vains, impuissants ?
Des (anti ?)- héro-ïne-s du quotidien vont et viennent entre la forêt, la plage et la cité, ouvrent des portes entre les différents espaces et se croisent dans des mondes parallèles. Betty Brat milite pour que sa Maison aux quatre vents résiste à la spéculation locative ; Madame Delphine oublie de vivre, le cerveau collé à l’écran ; Laurent a cessé de mesurer les grains de sable et les microplastiques pour mieux écouter la symphonie du vent dans sa cabane isolée…

Trois auteur.e.s proposent ici une conversation symbolique. Devons-nous nous retirer du monde pour ne plus ajouter de désordre ou, au contraire, œuvrer à sa transformation ? Pouvons- nous changer ?
Entre l’idée d’une catastrophe planétaire inéluctable et l’espoir d’une résilience, s’opèrent des révoltes individuelles, collectives, subversives, dehors, dedans, à côté, mélancoliques et joyeuses.

TROIS AUTEUR.E.S

Trois auteur.e.s ; Alexis Fichet, Eva Bondon et Odile Vansteenwinckel ; ont écrit trois textes complémentaires, trois chapitres du spectacle Mesurer la taille du Monde. Ces textes ont été créés grâce à la contribution d’une équipe transdisciplinaire composée par des artistes et des scientifiques. Deux temps de retraite de recherche et de création a permis à ce collectif arts/sciences/politique de cheminer et d’échanger sur la matière et la forme des textes.

Le spectacle Mesurer la taille du Monde est en phase de création et sera présenté à partir de mars 2021.

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« François est rentré dans la cabane comme dans un nouveau monde. Laurent y vivait comme dans un no man’s land.
Où vit l’homme qui habite le no man’s land ?
On ne doit plus dire découverte de l’Amérique On doit dire invasion
colonie
massacre
lèpre et variole religion à la con.
François est une espèce invasive. Le monde est un théâtre.
Je vais conter les métamorphoses, origines circulaires, mues de ma peau. Moi plastique brûlé
moi carbone 14
moi pétrole apprivoisé
je suis fait de l’huile dont on fait
tout
Ici, si vous m’ouvrez pour arracher la côte, c’est un vieux CD, de ceux qui contiennent
des arcs en ciels, et sur les sillons de ce compact disque
comme gravées sur un os biblique,
des chansons de Rihanna, oubliées sur le rivage
quelques danses dans le sable et puis s’en vont, au son des vagues.
François est une espèce invasive sur un terrain vague.
Oubliées sur la plage,
seaux plastiques dont les enfants font des monde, des châteaux, des moulins.
Le sable fuit comme le temps mais nous gardons la mémoire des châteaux donjons qui gentiment se fracassent sous l’assaut des premières vaguelettes.
Je suis fait de l’huile dont on fait tout
chair à cabanon,
chair à cabane
chair à cabine
chère a jailli des puits de pétrole.
Chaque parcelle de mon corps a son origine dans le monde, rien en moi n’est circuit court
tout en moi a fait le tour
du monde
des métamorphoses
des métamorphismes
des sublimations et des exploitations.
Plastique plastoc polystirène élastomères naphta bitumes et cosmétiques Je suis matière organique fossile piégée dans la paille de vos cocktails
Je suis le sable bitumineux dont on fait les sandales des enfants Je suis l’origine du monde transformée en tuperware.
 »
Alexis Fichet - Mesurer la taille du Monde

“Je ne vous parle pas de sauver le Monde, je ne vous parle pas d’argent ni de budget, je ne vous parle pas d’employabilité, je vous parle de la merde qui s’accumule autour de nous et je vous dis que j’ai envie de prendre une pelle et de commencer un peu à déblayer moi aussi. C’est tout, juste déblayer un peu.”
Eva Bondon - Mesurer la taille du Monde

Marche

ÉQUIPE ARTISTIQUE

Textes de Eva Bondon, Alexis Fichet et Odile Vansteenwinckel
Mise en scène de Lionel Jaffrès
Dramaturgie de Isabelle Hazaël
Regard scientifique de Juan Baztan, Jean-Paul Vanderlinden, Mary Elliot, Samuel Toucanne
Avec Hélène Barreau, Romain Brosseau, Arnold Mensah et Louise Morin
Création vidéo de Xavier Guillaumin et Loïc Le Cadre
Création lumière de Stéphane Leucart
Création musicale de Csaba Palotaï
Création sonore de Guillaume Tahon
Création et construction marionnettes de Antonin Lebrun

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MISE EN SCÈNE

Des petites portes, passages d’un récit à l’autre, nous permettent d’articuler une mécanique plus large. Il s’agira d’ouvrir notre regard à une métaphore du Monde, métaphore nécessaire pour ne pas vulgariser-réduire le sens général de cette triple invitation à la complexité.

Les acteurs endosseront les costumes de personnages interchangeables qui ne font que prendre des rôles sociaux, et devenir à la fois figures, créatures, doyens de faculté, conseillers emploi… pour finalement parvenir à se débarrasser de tout artifice et de tout simulacre. Et, au final, incarner autre chose, dépasser le personnage.

Une fois quitté nos adaptations, ce qui est vain, atteignant une forme d’épure, que reste-t-il de nous ? Qu’est-ce qui demeure essentiel ?

Ces trois récits nous permettent d’accéder à des expériences concrètes. Il s’agit bien de corps, d’empirisme et de vie réelle.

Chantier d'écriture

“Face à nous une petite porte blanche
Une petite porte blanche juste un peu trop petite
juste un peu trop étroite
Il faudrait se rabaisser, se rabattre un peu pour passer
Et pourtant
Devons-nous la franchir ?
Aller au-delà ?
Jusqu’ici nous n’avions pas songé
À l’existence de cette petite porte“

Initial Monde, Odile Vansteenwinckel

SCÉNOGRAPHIE

Notre univers sort du huis clos pour s’ouvrir vers l’horizon, le paysage, le réel complexe semblant difficilement accessible à la seule perception.

En ouverture, un espace frontière au lointain comme une ligne de fuite vers l’horizon. Il faudra traverser cet espace comme une forêt pour passer d’un récit à l’autre, pour passer de l’ici et maintenant à d’autres endroits du Monde. Cette traversée aura quelque chose d’organique qui avale et qui contient ; et paradoxalement, quelque chose de plus clinique, numérique qui chiffre et qui classe. Ce passage protéiforme nous per- mettra de rassembler mais aussi de séparer. De zoomer et dé zoomer notre regard.
De cet endroit de passage surgiront les personnages des trois récits, passeurs ou survivants, que nous inviterons à témoi- gner sur l’état du Monde.

La scène devant nous se transforme en trois espaces / trois révoltes / trois chemins :
- une ancienne cabane de sauveteurs en mer, marge mélancolique du Monde, ruine de béton posée sur le littoral,
- un ring de boxe / bureau d’agence pour l’emploi qui s’ouvrant sur des songes,
- un espace familial clos et le fond de l’océan.

Une adresse commune :
Walden-Robinson1, à gauche après la catastrophe, tout droit dans le mur.
Et le bonheur quand même.

"Face à nos limites on peut se gonfler, se protéger, se mentir, s’affirmer ; ou alors on peut rester à nu le temps nécessaire pour que ces limites s’accordent progressivement avec la nouvelle configuration du réel qui nous entoure. Pour que ces nouveaux éléments de résonance, ces bruits et cette source de désordre, puissent devenir repères, appuis, parties intégrantes de notre démarche constructive, de notre élan vital. Rester fragile, calme et heureux."
Juan Baztan – Chercheur en sciences de l’environnement

Ils remontent le temps

CRÉATION MULTIPLE : THÉÂTRE, MUSIQUE, VIDÉO, MARIONNETTES

La vidéoprojection agira comme des fenêtres ou hublots d’où peuvent surgir des images de l’inconscient, des profondeurs de l’océan, du ciel. Le grand s’invite dans le petit et inversement. Elle révèlera les transformations de notre espace frontière. L’image permet le contrepoint, le symbolique, la profondeur du sens.
Et le non humain, les éléments, les matières peuvent apparaître. Ainsi, des marionnettes, monstres et personnages, hantent les imaginaires et résistent à la disparition. Il s’agira d’une restauration d’un Monde non anthropocentré et de la reconnaissance de l’agentivité des objets et des matières.

Étroitement liée au travail des images, la création sonore et mu- sicale cherchera à nous mettre en connexion avec les sons du Monde. Mais aussi les bruits qui parasitent, empêchent qu’on accède au silence - pour, au final, mieux l’entendre.

Mettre tout en lumière vient écraser nos constructions mentales de l’inconnu, du personnage terrifiant vivant dans l’ombre. La figure du monstre d’aujourd’hui s’inscrit dans une bifurcation.
On passe du conte au coin de la cheminée à la fable marketing hollywoodienne fabriquée en matière plastique. La cheminée de- vient ringarde et poussiéreuse face à la promesse de l’évolution dans la course technologique et libérale. Il s’agira de redonner une existence à nos imaginaires non pollués par le marketing de masse.

“Imaginez la courbe de l’angoisse, d’un violet profond, et la courbe de la détente, d’un beau bleu turquoise.”
Grains, Alexis Fichet

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HISTORIQUE

Mai 2017 – Le collectif Inflexion devient le programme Mesurer la taille du Monde
Été 2017 – Choix des trois auteur.e.s spectacle Mesurer la taille du Monde et rencontres avec chacun.e (Paris et Bruxelles)

DOSSIER DE CRÉATION
Dossier de présentation