Un jeune homme célibataire vit avec sa grand-mère et son ami Bortch dans un environnement hostile dans un brouillard permanent entre l’abattoir où il travaille, un bassin de décantation, des lignes à haute tension, et des pistes d’aviation d’où décollent des avions qu’il ne prendra jamais.

« Un jour, je partirai » affirme le jeune homme. Peut-on y croire ? Et y croit-il lui-même ? On ne sait plus où mènent les routes tellement le brouillard est opaque. Les meutes de chiens, le cri des cochons, les odeurs - qu’on imagine nauséabondes - deviennent les repères absurdes, les seuls points cardinaux grâce auxquels on navigue. Les protagonistes perdent leurs repères et semblent ne jamais avoir eu de devenir. Le seul repère temporel se situe à Noël, avant que tout reparte, pour un an, à l’identique.

Photographie de Sébastien Durand
Photographie de Sébastien Durand

Ce trop plein de déshumanisation, cette peinture excessive d’une société post-industrielle écrasante en deviennent risibles. Et l’humour, noir, nous sauve de la nausée tellement cette toile de fond sociale et environnementale nous semble indépassable. Elle en devient presque mystérieuse. Le brouillard crée l’illusion jusqu’à l’onirisme. Nous apercevons un rayon de soleil, une odeur de printemps, une boîte noire poétisée comme une lueur d’espoir à peine réelle. Nous croyons un instant à ces zones d’enchantement. Et nous nous attachons à ces personnages, touchant par leurs efforts, leurs blocages, leur instinct de survie. Drôles mais tragiques. Tragiques mais drôles.

Roman édité par les éditions Buchet Chastel (2005) - Prix du Livre Inter 2005

visuel Formes vives
visuel Formes vives
L’étourdissement par Sébastien Durand

Le texte de « L’étourdissement » est doublement riche ; il porte l’univers métaphorique et absurde de l’écriture de Joël Egloff ; et il est sous-tendu par le regard d’Alain Maillard qui nous livre un objet intime et personnel. Cette dimension nous rapproche d’un réel vécu et complexe et a permis à cette adaptation de s’affranchir de l’œuvre romanesque.

En tant que metteur en scène, j’ai été séduit par ce dialogue entre ces deux auteurs et ces deux réalités. J’y retrouve plusieurs notions qui me sont chères : le désir qui permet au sujet de s’émanciper de son environnement, la révolte difficile à mener face à l’absurdité et aux déterminismes, la question de l’exil, physique ou psychique.
De plus, le texte propose un regard sur la violence des échanges humains, violence exacerbée dans certains contextes socio-économiques rendant encore plus complexe la construction de l’identité.

Lionel Jaffrès

Photographie de Sébastien Durand
Photographie de Sébastien Durand
Photographie de Sébastien Durand
Photographie de Sébastien Durand

L’étourdissement - Création 2014
Équipe artistique
Adaptation par Alain Maillard - avec la complicité de Morgane Le Rest
Mise en scène de Lionel Jaffrès
Avec Anaïs Cloarec, Morgane Le Rest, Alain Maillard, Nicolas Sarrasin, Jean-Luc Aimé
Musique et univers sonore de Jean-Luc Aimé
Scénographie de Nadège Renard
Construction décor par Charles Roussel
Lumières de David Goualou et Stéphane Leucart
Son et vidéo de Loïc Le Cadre
Costumes de Sylvie Benoist
Visuels par Nicolas Filloque (Formes vives)
Production et diffusion : le théâtre du Grain
Remerciements à Antonin Lebrun

Soutiens
La Paillette Théâtre (Rennes), Espace Keraudy (Plougonvelin), Espace Horizon (Plédran), Ville de Plouguerneau, Le Roudour (Saint-Martin-des-champs), l’Atelier Culturel (Landerneau), La Maison du Théâtre (Brest), Le Volume (Vern sur Seiche), L’Arthémuse (Briec), Le Quartz - Scène nationale de Brest (Brest) / institutions : Ville de Brest, Conseil Général du Finistère, Région Bretagne.

visuel Formes vives
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