Nous avons transporté les sixièmes jusqu’au cercle Arctique et l’univers de Karin Serres.

Du 25 au 29 novembre 2019, nous avons proposé une semaine banalisée aux collégien.ne.s pour créer un spectacle de théâtre, danse, musique et arts plastiques.

Ils sont plusieurs tribus là-haut dans le Frigomonde à parler des langues bizarres et à avoir très faim, très soif et très froid.
Les Kélélé s’installent sur une plaque de glace en n’hésitant pas à chasser ceux qui s’y trouvent. Mais d’autres tribus demandent aussi à y vivre, les Ouétu-Chulaq, les Lions polaires et Krill, le timide. Après avoir refusé de partager ce qu’il considère comme son territoire, le chef des Kélélé finit par tracer une frontière. Pour les Kélélé, la plus grande partie, et pour tous les autres, le reste. Mais à quoi sert la force ? La plaque fond dangereusement, elle craque. C’est la panique !

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Artistes intervenant.e.s :
Lionel Jaffrès, Morgane Le Rest, Steven Prigent, Nicolas Morvan
Enseignant.e.s artistes :
Manue Gaquere, Margot Le Saëc, Claire Person, Christophe Scour, Virginie Tanguy, Yohann, Maryvonne Créac’h.

C’est la débâcle.

Loin des simili-plans prioritaires de quinquennat,
aux antipodes des retraites à point,
à des années lumière des féminicides ou des étudiants immolés,
à des kilomètres des soulèvements citoyens d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Orient, d’Europe
ou d’ailleurs,
des êtres vivants encore vivants cherchent éperdument
un morceau d’écorce terrestre, un bris de glacier, un endroit en surface où pouvoir respirer.

Loin de tout, mais cela dit, rien n’est séparé.

Ceci est un postulat.
Accélérations, têtes et décisions ensablées, touche next constamment enfoncée, ont eu quasi-raison
des dernières terres émergées.
L’air est respirable mais l’ambiance viciée.

La seule musique qui passe encore
est celle du vent qui lèche la glace sans crème,
celle de la bise sur les dernières congères
et des craquèlements des glaçons
pas de ceux qui flottaient naguère dans des verres,
mais de ceux qui avaient des gueules de glacier et qui voguent désormais
à tout bout de non-champ sur un unique océan.
S’y joignent les voix des Hissés à bord de leur frêle esquif.

Le leur ? Le leurre.
Nous suivons la lutte de ces êtres qui risquent leur vie.
Nous traversons leur tectonique.
Matelots forcés, sans gouvernail, avec pour seul cap d’arriver à demain, ils traversent une histoire
qui tinte comme déjà vue.
Nous goûtons une tranche de leur quotidien
et interrogations en confiture.
De la terre au territoire à la territorialisation, à la reterritorialisation,
d’une espèce à une autre, à une autre encore, toutes en voie d’extinction,
nous entendons battre les cartes des jeux du pouvoir pour la survie.
Comment on s’en sort ? Comment on y reste ? Comment être hors d’eau ?
Ne pas boire la tasse ? Ne pas virer de bord ou du chapeau ? Ne pas être dans le ne-pas ?
En jouant des coudes ou coudes serrés-soudés ?
En communautés ? En profil bas ? En trichant ?
En faux-frère ? En adoptant ?
En indiv’ ? En équipe ?
En entendant ?

Jour 1 dans Frigomonde .
Nous,
humains de dix ans et humains de plus mais passés par 10 ans déjà,
sommes dans ce texte à bord d’un iceberg de questions.
Jours 2, 3, 4 à venir.
Ce n’est pas la débâcle.

Ce n’est pas la débâcle,
Morgane Le Rest
25 novembre 2019